Les sources et les forages
27 sources forées à Hauterive entre 1889 et 1929
Depuis le 17ème siècle, les auteurs vichyssois signalaient, à Hauterive, des émergences naturelles d’eaux minérales. C’est le cas de Claude Mareschal, dans sa Physiologie des Eaux Minérales de Vichy en Bourbonnais, publiée en 1636. Evoquant les eaux minérales, il indique que le voyageur « en trouvera […] à cinq cens pas au-dessus d’Auteribe, le long de la rivière d’Alier, qui sont froides et acides en perfection, où il verra avec subject d’admiration, comme la source liant ensemble le sablon, s’est faite un bassin merveilleux, au bas duquel boüillonne en divers endroits ceste mesme source« .D’autres auteurs décriront ces sources naturelles à la fin du 18ème siècle.
Avant l’apparition des pratiques de forages (à partir de 1842, dans le bassin de Vichy), seules les sources minérales jaillissant naturellement à la surface du sol étaient connues. A ce titre, les eaux de Vichy apparaissaient comme les plus abondantes et les plus chaudes, et elles étaient les seules exploitées d’une façon rationnelle (thermalisme et embouteillage).
A la fin du 18ème siècle, un médecin cussétois, Jean-Baptiste.Debrest, commence à s’intéresser à cette richesse naturelle (et économique) qu’est l’eau minérale. Il exploite l’eau de Chateldon et publie en 1778 un ouvrage dans lequel il fait un inventaire des sources connues : c’est là que l’on trouve la description des tout premiers aménagements des sources de Hauterive : « Haute-rive est un village situé sur la rive gauche de l’Allier & à une demi-lieue de Vichy. Les eaux de ce nom sont enfermées dans un petit bâtiment construit pour cet effet. Les eaux sont de la classe des eaux froides ; elles sortent de deux sources qui sont à cinq ou six pieds de distance l’une de l’autre. Elles sont contenues dans deux réservoirs circulaires qui ont chacun environ deux pieds de diamètre, & dont les embouchures sont à fleur de terre. L’eau de la source, dont on fait le plus d’usage, a un bouillonnement plus sensible que celle de l’autre fontaine qui est moins limpide qu’elle. Les eaux d’Haute-rive ont un goût insipide, un peu moins lixiviel que celui de l’eau de la fontaine des Célestins de Vichy, mais il est plus piquant. […] Les Eaux minérales de Hauterive ont, à peu de chose près, les mêmes propriétés que l’eau de la fontaine des Célestins de Vichy. […] Quelques personnes les ont employées avec succès dans les maladies de reins, pour briser & diviser les sables, les graviers qui se forment souvent dans les viscères. »
L’exploitation des sources d’eaux minérales se développe dans la seconde moitié du 19ème siècle, sur la carte de Cassini, vers 1760 figurait déjà la mention « eaux minérales, au sud d’Autrive, en bord d’Allier » ; Les sources jouissent d’une excellente réputation et inaugurent le développement du thermalisme et marquent l’époque de la prospérité d’Hauterive. Près d’une vingtaine de forages sont réalisés. L’eau est mise en bouteille, l’exportation se développe au début du 20ème siècle et un établissement thermal voit le jour.
Dans les années 1836, ces émergences naturelles sont rachetées par le savant clermontois Henri Lecoq, pour le compte des frères Brosson, François et Michel, concessionnaires de l’Etablissement thermal de Vichy. Pendant la durée de la concession, ils vont exploiter les eaux de Hauterive, principalement pour préparer du bicarbonate de soude entrant dans la composition des pastilles. En 1842, la concession de l’Etablissement Thermal de Vichy ne leur est pas renouvelée et ils décident en 1843 de constituer un patrimoine thermal concurrent de celui de l’Etat. De mars à septembre 1843, ils vont donc aménager les émergences naturelles de Hauterive, afin d’en augmenter le débit.
En 1853, la source de Hauterive devient la propriété de l’Etat. Elle prend le nom de Hauterive-Etat. Elle sera déclarée d’intérêt public dès 1861 et dotée d’un périmètre de protection en 1874. Cette source sera forée une seconde fois en 1911 et deviendra la source Hauterive-Etat n° 2. Autorisée le 11 août 1912, elle sera déclarée d’intérêt public le 24 janvier 1920 et dotée d’un périmètre de protection le 17 avril 1930.
Même si c’est à Hauterive qu’est né le mouvement de forage du bassin de Vichy (par celui de la source nature de Hauterive en 1843), il faudra attendre les années 1889 pour voir Hauterive participer au vaste mouvement inspiré de Saint-Yorre. Son importance est moindre, avec 27 sources forées entre 1889 et 1929. Les prétendants aux forages sont souvent des acteurs locaux de la vie économique.
Si les frères Brosson ont été les promoteurs de la pratique du forage de sources dans le bassin de Vichy dès 1843-1844, il faudra attendre 1888 pour voir apparaître à Hauterive les premiers forages, qui se poursuivront jusqu’en 1929. Les prétendants aux forages sont souvent des acteurs locaux de la vie économique.
On y trouve les Vichyssois tels Messieurs Ainé Larbaud et Mercier, confiseurs à Vichy, qui obtiennent la source Deux-Etoiles, ou encore Madame Anaïs Perrin, propriétaire de l’Etablissement du Hammam à Vichy et qui fait forer les sources du Hammam n° 1 et n° 2 à Hauterive.
L’un des premiers à se lancer dans les forages est M. Lucien Ramin, de Bellerive, beau-père d’Antonin Mallat, l’initiateur des forages de sources à Saint-Yorre, en concurrence directe avec Nicolas Larbaud. Il débute son forage le 11 mars 1889 et, le 20 mai suivant, il atteint le niveau aquifère. Il donne son nom à la source qu’il a découverte.
Aussitôt le captage de la source Ramin achevé, M. Gal Thollier (propriétaire, décédé à Hauterive en 1892) entreprend, en mai-juin 1889, le forage d’une source qu’il obtient et à laquelle il donner le nom de source Amélie.
En 1889, M. Blanchonnet, après avoir déjà foré quelques sources à Saint-Yorre, va s’intéresser au sous-sol de Hauterive. Il obtiendra la source du Globe (vers 1889), la source La Générale (1892) et la source Bayard (1892).
Ancien juge au tribunal de commerce de Montluçon, il sera à l’origine de la société Blanchonnet et Cie (devenant ensuite l’importante Société Générale d’Eaux Minérales Naturelles du bassin de Vichy et du Centre de la France).
On trouve également des Vichyssois, tels M. Larbaud-Mercier, pharmacien à Vichy, qui obtient la source Deux-Etoiles (1893), ou encore Mme Perrin, propriétaire de l’établissement du Hammam à Vichy et qui fait forer les sources du Hammam n° 1 (1893) et n° 2 (1893).
Un cussétois, M. Saturnin Charnay, également propriétaire de la source des Templiers à Cusset, se lance aussi dans le forage de deux sources : la source Cosmopolite (1898) et la source des Dominicains (1898).
En 1900, M. Arthur Mille, pharmacien, dépose deux demandes d’autorisation pour ses sources de Hauterive, la source du Griffon (1900) et la source Trianon (1901).
En fait, rares sont les gens de Hauterive qui se lancent dans le forage des sources : on peut noter M. Alexis Moulin (source Saint-Ange, en 1901) et M. Planche (source Racine).
Certains font forer une source sur un terrain vierge et obtiennent ainsi une plus-value foncière rémunératrice : c’est le cas de l’entreprise vichyssoise de forages Planchin, lorsqu’elle fore la source Roger en 1901. En 1932, Rémi Moinet, achète la Source Roger. L’année suivante, il fait alors édifier un bâtiment autour de la Source et se munit de l’appareillage nécessaire à l’évaporation de l’eau du Bassin de Vichy, pour en extraire les sels minéraux (utilisés dans la composition des fameuses pastilles).
Après la Première Guerre mondiale, le mouvement de forage semble clos ; mais l’annonce d’une prochaine extension du périmètre de protection des sources de Vichy (mis en place en 1930) incite certains propriétaires de sources à se lancer dans d’ultimes forages en 1929 (c’est le cas de MM. Planche et Chauve, avec les sources Lumière n° 2, Locarno et Délicieuse). La Société commerciale de Saint-Yorre participe également à ce modeste mouvement de forage en obtenant les sources Denise (autorisée en 1931) et Royale n° 2 (autorisée en 1939). La Source Denise, sur la commune d’Hauterive, a été captée en en 1930, par un forage de 71 m de profondeur qui a été ramené à 67,8 m en 1962 à l’occasion de travaux de curage. Le débit d’exploitation jaillissant est de 60 l/mn. Elle est utilisée dans le mélange de la «Source Royale» de St-Yorre.
Par son histoire, Hauterive a su participer (avec sa vingtaine de sources) à l’émergence de ce bassin sourcier dont il faut rappeler qu’il était composé d’environ 280 sources (réparties entre les communes de Saint-Yorre, Cusset, Saint-Sylvestre, Saint-Priest, Hauterive, Abrest et Bellerive, sans oublier Vichy). Il y a cinquante ans, ce bassin sourcier apparaissait comme le premier de France par le nombre de ses sources autorisées. Aujourd’hui, la qualité d’un bassin sourcier dépend plus de la qualité de ses eaux et de ses captages que du nombre de forages : le bassin de Vichy ne compte plus à présent qu’une quarantaine de sources. Malgré l’obturation de nombreuses petites sources qui ne correspondaient plus à aucune réalité économique, Hauterive a conservé un intéressant patrimoine sourcier.
Aujourd’hui, il subsiste 6 sources autorisées à Hauterive. Le patrimoine sourcier de Hauterive s’est inscrit, lui aussi, dans ce vaste mouvement de rationalisation des ressources en eau minérale qui a atteint le bassin de Vichy.
Sources : Pascal CHAMBRIARD – Auteur de « Aux Sources de Vichy – Naissance et Développement d’un bassin thermal (XIXè – XXè siècles) – Editions Bleu Autour et Bulletins Municipaux Hauterive 1998 et 1999
