Cimetière communal
Ornements & symbolique funéraire
En cette période de l’année, les zombies, les citrouilles et les squelettes sont mis à l’honneur (NDLR Halloween) ! puis suivront les fêtes de la Toussaint le 1er novembre et celle des Morts le 2 novembre.
Une fois n’est pas coutume, mettons à l’honneur notre cimetière, les tailleurs de pierre, les artisans, les marbriers qui y ont travaillé.
Au premier regard, toutes les tombes paraissent semblables.
Cependant, chacune d’elles se distingue par son monument funéraire (granit, marbre, pierre ou autres matériaux). Les formes et les modèles de monuments sont très variés.
Les sépultures représentent la mort, mais elles font partie de la Vie et de notre patrimoine.
Lorsque vous déambulez dans la partie la plus ancienne du cimetière, les pierres sont ornées de symboles.
Je vous propose de mettre en lumière certains de ces ornements, avant que le « relevage des tombes » fasse disparaître cette mémoire du temps.
"Les mains unies" ou "L'alliance"
L’alliance est le terme des marbriers pour désigner deux mains entrelacées dont la main supérieure est généralement celle d’une femme à l’annulaire présentant une alliance.
Cette alliance donne l’affirmation d’un attachement, il symbolise donc le fait que la mort ne rompt pas les liens du mariage et la certitude que le couple se recomposera avec la mort du survivant (signe d’un mariage solide et rempli d’amour).
L’alliance peut être confondue avec les mains unies qui expriment la concorde, la solidarité et la fraternité.
Sur cette stèle, les mains sont accompagnées d’une rose ouverte et de ses deux boutons, symbolisant l’amour vivant et de l’épitaphe « Notre dernier adieu ».
"Le sablier ailé"
Focus sur le « sablier ailé » : parfois soutenu par des anges, ou être au coeur d’une guirlande de fleurs, le sablier volant représente la fugacité du temps. Il est le symbole du temps qui s’écoule inexorablement et qu’on ne peut arrêter.
Les ailes, qui peuvent être de colombe ou d’ange, tous deux messagers de Dieu, comme si l’instrument de la mesure du temps devenait, avec le décès, l’âme que la colombe ou l’ange va acheminer au ciel, ou de chauve-souris, le mammifère qui vole dans la Nuit, dans la Mort et donnent une dimension cultuelle au seul sablier qui relève du domaine profane.
Elles s’élèvent vers Dieu, seul maître de la mesure du temps et de la destinée des Hommes, tout comme elles élèvent l’âme du défunt vers lui.
Plus positivement, le sablier volant peut également induire une forme de résurrection ou signifier une nouvelle vie qui démarre grâce à sa réversibilité.
Particularité des sabliers renversés sur le côté, ils indiquent que le temps s’est arrêté pour le défunt, par exemple pour une mort accidentelle.
Sur notre photo, le sablier ailé apparaît dans un arc de cercle qui surmonte la stèle. Cet arcle de cercle évoque souvent le ciel. On peut également voir sous le sablier ailé, un ruban floral comportant des feuilles de chênes et une rose.
De part et d’autre du ruban floral, il est difficile de définir l’ornement feuille ou fleur ? Si vous avez une idée, n’hésitez pas à commenter.
"L'étoile"
Elle peut être composée de cinq branches (pentagramme) ou six branches (hexagramme), elle est source de lumière, elle est l’astre qui luit dans la nuit, la Mort.
Assimilée aux cieux, l’étoile est le but à atteindre, elle éclaire le chemin que l’âme doit emprunter. Elle peut symboliser la promesse d’une nouvelle vie : la lumière dans les ténèbres, elle peut être symbole d’espérance comme celle du Berger pour les Rois Mages.
Il peut s’agir d’une référence plus cosmique symbolisant le chemin que le défunt doit parcourir.
Sur une sépulture juive, l’étoile à six branches est le sceau de Salomon constitué de deux triangles inversés et entrecroisés. Si l’étoile à cinq branches comporte en son centre la lettre G, elle sera souvent accompagnée de l’équerre et du compas.
L' »étoile flamboyante » indique alors la tombe d’un compagnon du Tour de France ou d’un franc-maçon. Une étoile à cinq branches avec, en son centre, la faucille et le marteau ornera la tombe d’un militant communiste.
"Le calice et l'hostie"
La présence du calice et de l’hostie signifie que le passant se trouve aux abords de la sépulture d’un prêtre, seule personne habilitée à fractionner le pain et à boire le vin lors de l’Eucharistie. Le vin évoque le sang du Christ et l’hostie son corps.
Les calices et hosties de ces photos ornent :
– la sépulture de l’Abbé Jean-Baptiste Belot qui fut curé à Hauterive de 1873 à 1910
– la sépulture de l’Abbé Francisque « dit François » Garnaud, curé à Hauterive de 1930 à 1931
"Le blason héraldique"
Il ne s’agit pas à proprement parler d’un symbole funéraire, mais indique ici une sépulture nobiliaire.
Les sépultures de la famille De Sainsbut des Garennes, originaire du Château des Garennes de la commune de Verneuil en Bourbonnais, sont ornées de leur blason.
La famille De Sainsbut des Garennes, alliée aux De La Celle, aux De Trochereau, aux Bérault des Billiers, notamment, résidait au Château des Husseaux.
Leur blason consistait d’argent, à la barre d’azur, avec trois pommes de pin d’or, posées dans le sens de la barre, les tiges en bas, surmonté d’une couronne comtale (la couronne de comte est un cercle surmonté de seize perles.
Elle est généralement représentée à plat par 9 perles en façade), héritée de la famille De La Celle de Chateaucloux.
Nous pouvons retrouver le blason familial sur une huile sur toile représentant François De Sainsbut, datant de 1776 (catalogue Vente aux Enchères Vassy/Jalenques/Courtadon du 13 juin 2022).
Le blason et la couronne familiale, symboles héraldiques, sont repris sur la sépulture.
Je vous propose la signification de la symbolique de certains ornements que nous ne trouvons plus dans notre cimetière, suite au relevage des tombes ou très endommagés par le temps, mais que vous pourrez rencontrer.
La lettre grecque « alpha » symbolise la naissance ; « l’oméga » est la lettre de la fin, donc de la mort.
L’acanthe est une plante d’origine méditerranéenne. Ses feuilles piquantes et très découpées sont empruntées à l’art gréco-romain. Elle est très présente dans l’ornementation funéraire car ses piquants symboliseraient les épreuves de la vie auxquelles la mort met un terme.
L’amphore représente l’enveloppe corporelle de l’âme.
L’agneau cerné d’une auréole représente le Christ, à l’image de la description qu’en fait Saint-Jean dans son évangile : « Le Christ est l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».
L’ancre, souvent apposée aux sépultures de marins, est l’une des trois représentations des vertus théologales, avec le cœur et la croix; elle symbolise l’espérance tandis que les autres figurent la charité et la foi.
L’ange est le messager de Dieu, l’exécuteur de la volonté divine. Les bras étendus et les ailes déployées, l’ange protège les défunts. Il est parfois représenté comme déposant des fleurs sur la tombe, en signe d’amour. En fonction de son faciès, il exprime le chagrin lié à la disparition de l’être cher. Porteur d’une trompe, l’ange est annonciateur du Jugement dernier et de la Résurrection.
L’arbre est le symbole de la vie, le lien entre la terre et le ciel, entre Dieu et les hommes. Au fil des saisons, il évoque la naissance, la maturité et la mort. Etêté, il représente la mort, intervenue brutalement.
Surmonté d’un crâne, la balance signifie que la mort supprime les privilèges et les différences sociales. Elle est aussi l’attribut de la Justice sur la tombe du juge ; elle permet de peser les bonnes et les mauvaises intentions, avant d’établir un jugement et de décider d’une sentence.
Le blé représente la vie; il suggère la mort lorsque la faux coupe la tige. Les épis de blé peuvent représenter le corps du Christ. Ils sont alors souvent avec des grappes de raisin, image du sang du Fils de Dieu. Sur les tombes des agriculteurs, la gerbe ou les épis de blé peuvent accompagner les outils liés à l’exploitation de la terre.
Le chardon évoque, avec ses épines, les affres de la vie, interrompus par la mort.
Roi de la forêt, le chêne est l’arbre de la vie en Occident. Etêté, il est le symbole d’une mort précoce.
Le chien, représenté couché, somnolant sur un coussin, évoque la fidélité.
Le cœur représente la charité dans les valeurs théologales.
La colombe, symbole de pureté, est messagère de Dieu et représentation du Saint Esprit. Elle symbolise l’envolée de l’âme vers le ciel et peut aussi indiquer que la sépulture est celle d’un défunt protestant.
La colonne est la vie. Elle constitue une forme particulière de l’arbre de vie, trait d’union entre la terre et le ciel. Brisée, elle évoque la mort prématurée d’un jeune homme ou d’un homme en pleine force de l’âge. Certaines tombes sont surmontées de la colonne brisée avec le chapiteau reposant volontairement auprès du socle. L’éclair brisant la colonne signifie la volonté divine de mettre un terme à la vie. Des monuments aux morts ou des tombes de soldats des deux guerres mondiales peuvent épouser logiquement la forme de la colonne brisée.
Le compas et l’équerre singularisent la sépulture du tailleur de pierre, du marbrier, du sculpteur, du maître de carrière, de l’entrepreneur de travaux, de l’architecte… Sur la tombe de l’instituteur ou du professeur, le compas appartient à une panoplie d’instruments pédagogiques (globe terrestre, encrier, latte…). Il représente la géométrie. Sur la tombe des francs-maçons, le compas et l’équerre deviennent les instruments purement symboliques de la construction du « temple de l’humanité », selon une expression commune à cette société et au compagnonnage. Ils peuvent avoisiner une étoile à cinq branches avec la lettre G, au centre.
La couronne est symbole d’éternité par le cercle qu’elle épouse, forme sans début ni fin. Elle peut être constituée de tiges de pavot (sommeil éternel), de laurier ou de chêne (gloire), de lierre (éternité et attachement), d’immortelles (immortalité), de pensées (souvenir, libre pensée), de roses (amour), de fleurs variées… La couronne végétale est souvent, à la fois mort et promesse de naissance, par le fait que la tige a été arrachée ou coupée, mais qu’elle comporte fruits ou fleurs.
Le coussin est l’un des attributs du sommeil éternel, de la mort. Il vient compléter la symbolique du lit.
Le crâne et les os allongés sont les images réalistes de ce qui restera du corps. Si le crâne et les os figurent au centre d’un triangle, ils sont les restes d’Adam, le triangle représentant le Golgotha dont l’étymologie signifie « crânes ». Le Christ y ayant été crucifié pour racheter la première faute d’Adam, le cycle est en quelque sorte achevé.
Des dragons ornent des croix de fonte ou l’entrée de chapelles funéraires. Ils chassent les mauvais esprits ou préservent l’espace sacré de la construction par rapport au monde profane. Blessé par la lance de Saint-Michel, le dragon représente le mal vaincu.
L’encrier sera présent plus particulièrement sur la tombe d’un écrivain, d’un compositeur de musique, d’un historien. Souvent, une plume l’accompagne.
L’épée est présente sur la sépulture des soldats morts au combat. Elle suggère alors la bravoure et la défense de la Patrie. Elle orne plus souvent la tombe d’officiers que de simples militaires. Sur la tombe d’un homme de loi, elle évoque la Justice qui sépare les bonnes actions des mauvaises. Elle sera, dans certains cas, l’axe qui soutient les plateaux de la balance. Elle peut aussi être révélatrice du métier de policier ou de la passion du défunt pour l’escrime. Dans ce cas, l’épée peut prendre la forme du fleuret.
La faucille, outil de la moisson comme la faux, peut symboliser la mort dans le cycle de la vie et, en même temps, annoncer la naissance, la renaissance ; l’épi devant être séparé de la tige. La lame en forme de lune suggère la nuit et la mort.
La faux est un attribut de Chronos, de Saturne, les personnifications du temps et de la Mort, suggérées par un squelette. Outil tranchant qui coupe le blé, la faux égalise les êtres humains au moment de la mort. Elle peut être représentée tenue par un squelette. La faux peut être présente comme élément de la panoplie d’outils de l’agriculteur.
La flamme évoque la vie, la transfiguration de l’âme qui quitte le corps après la mort, mais également le souvenir vivace et la transmission, c’est pourquoi une flamme perpétuelle brûle au-dessus de la tombe du soldat inconnu. Elle peut aussi représenter la pensée qui permet d’orienter la marche dans les ténèbres. Elle se retrouve dès lors sur la tombe de libres penseurs qui assimile les ténèbres aux dogmes et à l’obscurantisme.
Les fruits tels que le gland, la carotte de pin apparaissent après la floraison (la maturité, l’âge adulte), à l’automne (la vieillesse et l’annonce de la mort) mais suggèrent surtout le printemps et la promesse d’une nouvelle naissance, la renaissance.
Nous retrouvons également quelques acronymes
DOM –Deo Optimo Maximo – Au Dieu très bon et très grand.
IHS ou JHS –Iesus Hominur Salvator – Jésus Sauveur de l’Humanité. Les lettres de ce christogramme peuvent être entrecroisées.
ICHTUS –Iesous Christos Theou Uios Soter – Jésus Christ Fils du Dieu, Sauveur. Ce mot signifie poisson en grec
INRI – Iesus Nazarenus Rex Judaeorum – Jésus de Nazareth, Roi des Juifs. Cet acronyme est étroitement associé à la croix chrétienne, car les Romains l’avaient gravé sur celle que portait le Christ.
RIP – Requiesca(n)t in Pace. Locution latine issue de l’Office des morts qui signifie Qu’il(s) repose(nt) en paix. On note par ailleurs que les versions italiennes Riposi In Pace et anglaise Rest in Peace de cette expression conservent les mêmes initiales.
XP = le chrisme – Il est constitué des lettres grecques Chi (X) et Rhô (P), les deux premières lettres du mot grec Χριστός qui signifie Christ, le X apposé sur le P.


